Avant le déluge : les toilettes du futur

Temps de lecture – 5 min

En 2016, la NASA lançait le SPACE POOP CHALLENGE, littéralement le concours du caca dans l’espace. La problématique était la suivante : comment chier dans sa combinaison spatiale sans s’intoxiquer et sans les mains ?

Il se trouve que la population mondiale est passionnée par trois choses : Beyoncé, la découverte d’une exoplanète pour se tirer d’ici et le caca. 20 000 personnes ont donc soumis leurs idées pour répondre à l’épineux problème de la NASA : au total, c’est 5000 solutions qui ont été proposées, toutes plus brillantes les unes que les autres. Comme quoi, sur des problématiques simples qui parlent à tous, on peut mobiliser l’intelligence collective (soupir). Finalement, c’est un système de trappe, d’aspirateur et de poche-soupape auquel je n’ai pas compris grand chose qui a remporté la compétition.

Donc soyez pleinement rassurés : les astronautes vont pouvoir abandonner leurs Pampers (le saviez-tu : les couches pour bébé doivent beaucoup à l’exploration spatiale) pour se lancer dans de longues excursions à travers le vide intergalactique.

De plain pied dans le XXIème siècle on vous dit.

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Alors moi, bêtement, l’autre matin je me suis dit : « Poser une culotte dans l’espace, c’est super, mais j’aimerais vraiment beaucoup pouvoir continuer à le faire sur terre. Et que mes enfants, mes petits enfants, mes arrières-petits-enfants aussi puissent le faire. »

Il se trouve que la solution m’avait été donnée pendant un stage en Agroécologie dans une ferme : « Ce qu’on prend à la terre, on le rend à la terre » expliquait la formatrice tout en faisant passer une touffe d’herbe de sa bouche à ses fesses. Réussir à rendre cette thématique poétique et pédagogique, c’est tout un art. Beaucoup s’y sont essayés mais le fait que vous n’ayez, a priori, pas ou peu utilisé de toilettes sèches dans votre vie permet de certifier avec quasi-certitude que tous – ou presque – ont échoué.

C’est pas faute pourtant d’avoir mis le doigt sur l’aberration du système : 12 litres d’eau potable pour remplir une chasse, un tiers de la consommation d’un foyer. Tout ça retraité dans nos centres d’épuration alors que la nature sait parfaitement le faire.

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Alors aujourd’hui, c’est moi qui m’y colle : je m’auto-confie la tâche de vous convaincre que les toilettes sèches sont au moins aussi démentes que le dernier iPhone.

Pour cela, j’ai plusieurs cordes à mon arc :

  • une expérience désormais solide en la matière
  • le fait d’incarner moi-même une frange hipster-parigo-branchée, preuve qu’on peut tous y arriver
  • l’appui du Dr Schnock qui a accepté de répondre à l’interview qui suit

Le Dr Schnock fait partie des 4 356 personnes qui se partagent mon cerveau, il est très sympa. Rencontre…

La Vache qui se Lâche – Est-il exact que les toilettes sèches sont l’antichambre de l’enfer ?

Dr Schnock – Alors, deux raisons peuvent expliquer ce malentendu :

Soit vous avez fait les scouts et vous confondez les toilettes sèches et les toilettes « à la fraîche », c’est-à-dire un trou dans le sol derrière un paréo où l’on recouvre son butin au fur et à mesure avec quelques fougères. Dans ce cas, sortez vous ça de la tête : les scouts c’est fini et, je vous le répète, vos parents voulaient vraiment votre bien en vous envoyant là-bas, cessez de leur en vouloir.

Soit vous avez été confronté au principal écueil des toilettes sèches : la cabane au fond du jardin. Là sur le trône, vous pouvez certifier que vous avez entendu les araignées comploter entre elles pour vous occire avant que vous n’ayez le temps de terminer votre affaire. Sur ce point, je dois vous donner raison : les arachnides, quoi qu’on essaye de vous faire croire depuis que vous êtes nain, veulent nous détruire un par un. Mais regardez les choses en face une seconde : le problème dans le cas de cette malencontreuse cabane n’est pas le système des toilettes sèches mais simplement le fait qu’il est totalement aberrant de mettre au fond d’un jardin, derrière des lattes en bois disjointes, une pièce exiguë où l’on est assis, cul nu, comme un authentique assiégé, vulnérable à la moindre attaque de scolopendre.

LVQSL – En attendant, ça ne change rien à l’autre problème : ça sent mauvais.

Dr. S – Pas si c’est utilisé correctement. Pas si on y met un peu de bonne volonté. Ok, donc rappelons brièvement le fonctionnement de l’outil. Les toilettes sèches, c’est comme un compost : il y a de la matière azotée – votre production personnelle – et de la matière carbonée – en général les copeaux de bois qui servent à recouvrir vos méfaits. Ces derniers sont également là pour absorber l’excédent d’humidité : ce qui cause des odeurs, c’est l’eau. Cette communion carbone-azote pleine de sensibilité aboutit à une montée en température liée à une fermentation aérobie, c’est à dire en présence d’oxygène. Les bactéries vont débarquer en nombre dans votre tas. Elles seront rapidement suivies par les champignons puis par tous leurs copains insectes. Ces gens là savent faire leur boulot : ils vont si bien s’affairer que dans quelques mois, votre tas sera redevenu terre. Autrement dit, rapidement ça ne sentira plus rien du tout. Et pour le début du processus, baissez la lunette et ajoutez un diffuseur d’huiles essentielles à côté de votre pile d’Auto-moto magazines. Allez, ça va bien se passer.

LVQSL – Admettons. Il reste que je trouve ça totalement dégradant pour ma personne mais je ne parviens pas à savoir pourquoi.

Dr. S – Je vais vous le dire : parce que ça vous rappelle votre chat. Au fond, vous vous apercevez que vous ne valez guère plus que ce gros matou pataud qui recouvre ses gendarmes d’une patte nonchalante dans sa litière. Vous pensiez l’avoir largement devancé dans la course à l’évolution avec votre système de chasse d’eau à double vitesse mais c’est un leurre : là-dessus, vous jouez à égalité. Réconciliez-vous avec votre chat intérieur : léchez le dessus de votre main droite et passez la derrière votre oreille.

LVQSL – Alors admettons, j’ai rempli mes toilettes sèches. Mais j’en fais quoi maintenant ? 

Dr. S – Vous les compostez ! Une fois le processus de décomposition terminé, il ne reste qu’une terre très sombre, tiède, un concentré de matière organique. L’or du jardinier ! Tellement accueillant que j’ai vu l’autre jour une famille de lapins y faire son terrier. Vous n’aurez plus qu’à l’utiliser sur vos plantes ornementales et vos arbres. Si vous voulez enrichir votre potager avec, faites le attendre deux petites années supplémentaires : principe de précaution compte tenu de la quantité de médicaments aux molécules persistantes qu’on engloutit ainsi que des agents pathogènes qui peuvent s’y trouver.

LVQSL – N’empêche que votre truc, personne ne voudra l’utiliser. C’est pas sexy, c’est pas moderne. Vous allez faire comment ?

Dr. S – He bien, on va faire comme Red bull, du content marketing : on va aller pêcher les personnes les plus hypes, les plus audacieuses de notre génération et on va leur faire vivre des expériences incroyables avec des toilettes sèches. Et puis on prendra Bruce Willis comme ambassadeur. Et on fera sauter Elon Musk depuis une station spatiale, directement dans un compost. On a bien trouvé 5000 idées pour les astronautes, on va pouvoir en trouver pour ça aussi, non ?

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NDLV : cet article ne se veut pas exhaustif sur l’utilisation des toilettes sèches. Il y a toute sorte de système qui existe, renseignez-vous ! L’objectif était simplement de vous donner envie de le faire et je sais que j’ai réussi, ça se voit à votre façon de lire.


Pour aller plus loin

Si vous avez un potager, vous pouvez directement faire pipi dessus.

Un article bien fait pour comprendre le système des toilettes sèches.


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