Brebis vs Wild : vers des cours de self-defense pour moutons ?

Temps de lecture – 13 min

Au fait, il y a un petit truc dont il faut que je vous parle. C’est un peu anecdotique et assez personnel mais tout de même, vu qu’on est entre nous j’en profite : je sais parler aux loups.

Voilà. C’est pas grand chose et ça sert pas tout le temps mais parfois c’est pratique. J’ai découvert ça complètement par hasard il y a quelques années pendant un voyage au Canada. Au début, j’étais partie là-bas uniquement pour apprendre à imiter Céline Dion en me recouvrant de sirop d’érable et puis finalement j’ai atterri dans une réserve de loups arctiques au nord de Montréal. Ces grosses bêtes au pelage volumineux étaient regroupées près du lac Saint-Jean sur plusieurs hectares, sous le regard bienveillant d’un… Marseillais. Oui, car il est là le drame de l’aventurier français : après avoir pris un avion, un train, deux tortues de mer, un kangourou à propulsion et un wakeboard, il se retrouve toujours au milieu de nulle part nez à nez avec un autre français. Dans la réserve, mon entrainement était rigoureux : le matin en me levant, j’allais hurler avec les loups pour appeler les autres meutes. Pendant la distribution de viande fraiche, il me fallait apprendre à garder ma place entre le mâle alpha et le mâle oméga. Dans l’après-midi, en général on faisait un cricket. Quand il faisait trop froid, une belote dans la tanière. Petit à petit, ils m’ont acceptée parmi eux. Comme je suis plutôt empathique, les gens me racontent souvent leurs histoires. Ca vaut aussi pour les loups. C’est ainsi qu’un beau jour, Robert le mâle alpha est venu me parler :

« Tu sais Madeleine, je vais être honnête et lucide avec toi : nous, les loups, sommes de piètres chasseurs. Je n’ai jamais réussi à savoir si c’était lié à des problèmes d’organisation, de management ou de formation continue, mais il faut se rendre à l’évidence : on est des nazes pour trouver notre nourriture. Même en meute, on n’arrive pas à grand chose. Les seules bestioles qu’on parvient à attraper sont soit malades, soit blessées. On s’attaque quasi exclusivement aux maillons les plus faibles de la chaine alimentaire. C’est pour ça que la nature nous a pourvu d’un système digestif très acide : comme nos copains les charognards, on joue des rôles de nettoyeur ici-bas. Franchement, à choisir je crois que j’aurais préféré être un grand fauve mais j’en suis réduit à enterrer ma chasse dans des coins pour pouvoir la retrouver, à moitié pourrie, quelques mois plus tard si la journée a été mauvaise. Il faut aussi que je te parle de mes problèmes de paranoïa. A force de me faire traquer en permanence, j’ai fini par avoir peur de tout. C’est pour ça qu’au début, j’étais pas super chaud pour que tu viennes jouer à la belote avec nous. Mais finalement tu vois, ça me ferait plaisir qu’on reste en contact. Comme quoi, il faut pas se formaliser. »

SAM_7102
Robert, Patoche et moi

Une fois rentrée à Paris, je n’ai plus côtoyé beaucoup de loups. C’est à dire qu’il y en a finalement assez peu dans mon coin. Mais cette rencontre – que dis-je cette communion – avec ces grands chiens intimidants m’avait confortée dans l’idée qu’on pouvait bien leur faire une petite place dans les écosystèmes. Une opinion qui n’est plus à défendre dans les milieux écolo et globalement chez la plupart des gens pour qui la peur de la nature est une abstraction. On a tendance à oublier qu’il n’y a pas si longtemps, on la craignait encore. Mais un travail de fond, méticuleux, a anéanti en quelques décennies les éléments les plus menaçants de notre environnement, nous laissant seuls maîtres à bord. Pour le meilleur et pour le pire…

Il arrive néanmoins, et c’est le cas en ce moment dans nos montagnes, que l’un de ces animaux excommuniés ou éradiqués re-pointe le bout de sa truffe ou de son bec, timidement. Traversant une frontière au gré des migrations, surgissant d’un coteau ou réintroduit par l’homme lui-même, il essaie alors tant bien que mal de retrouver ses marques et commence par chercher les points de nourriture. Comme je le comprends, je fais ça moi-même dès que j’arrive chez des amis : repérer le frigo, le cerner, le vider.

Le problème… Le tout petit problème, c’est que ces loups, ces ours, ces vautours s’attaquent aux animaux d’élevage un peu lents à la détente et désarmés face à de tels prédateurs. Le sujet cristallise les passions depuis des années. Il est complexe et les observations ne font qu’alimenter une base de données bourrées d’exceptions, de cas particuliers, de « oui, mais… ». Dans mon précédent article, Burn-out : devenir berger, la vraie solution ?, j’étais allée à la rencontre d’éleveurs de la Drôme Provençale qui subissent régulièrement des attaques de loups sur les troupeaux. Souvenez-vous de Christian et de ses longs mois dans la montagne, à surveiller les moutons :

« Une fois, la brume est tombée. Une brume épaisse, on n’y voyait plus rien. J’entendais les brebis paumées autour de moi, bêler à tout-va, mais j’étais incapable de savoir précisément où elles étaient, incapable de les rassembler sans risquer de me perdre à mon tour. Sur la crête, alors que la nuit venait, j’entendais les loups s’appeler. Dans le silence de la montagne, la brume, le hurlement des loups. J’en menais pas large. »

Je veux bien le croire. Les bergers là-bas s’amusent du discours des citadins qui les trouvent bien capricieux de se plaindre de la réintroduction des animaux sauvages.

« Tiens, il paraît qu’il y a un loup solitaire qui a été vu à quelques kilomètres de la forêt de Rambouillet. C’est génial ça. Qu’est-ce qu’on va rire le jour où le fils de Monsieur de Pompadour va se retrouver nez à nez avec un loup pendant sa balade dominicale à chercher des champignons. Là tu vas voir qu’en deux minutes, ils vont nous sortir les tanks, les mitraillettes automatiques, y vont nous passer la forêt au napalm et paf, il va rien comprendre à ce qui lui arrive, le louloup ! Merci les bobos ! »

Bon, moi comme je suis une bobo qui va souvent dans la forêt de Rambouillet, que j’aime les brebis mais que j’aime bien les loups aussi, dans ces moments là j’ai le cerveau qui palpite. Et je m’évertue toujours à faire avancer le débat avec des sorties du style : « C’est sûr, c’est vachement compliqué. »

La première fois que j’ai vraiment prêté l’oreille à une éleveuse sur la question des attaques d’animaux sauvages, c’était en Ariège.

Mirepoix, Midi-Pyrénées – Mai 2015

Lucie a sa maison sur les coteaux ariégeois. Petite baraque de pierre aux fenêtres étroites, sans doute conçue pour se protéger du froid hivernal. Elle a grandi ici, avec ses parents et le troupeau de brebis : éleveuse d’agneaux à viande de père en fille.

Il règne à l’intérieur de chez eux un capharnaüm assez invraisemblable que j’ai souvent retrouvé dans les fermes : le minimalisme et le Feng Shui n’ont pas forcement cours ici, mais enfin ça semble fonctionner tout de même. Et il y a ce paysage… On pourrait le regarder des heures, ça vaut toutes les méditations du Monde.

Agneau
Moi, essayant de dérober discrètement un agneau sous mon K-Way

Lucie est à peine plus jeune que moi, trente ans tout rond. Elle a fait ses études de biologie à Toulouse et puis elle est revenue, where she belongs. Ici avec le troupeau de 150 têtes, entourée de ces hectares de collines, de ces bosquets, de ces ciels splendides. Elle a une patate d’enfer, un rire clair dont elle n’est pas avare, une langue pendue et une réflexion intelligente et mesurée sur ce qu’elle vit : on sent une poigne folle chez cette jeune femme qui mène sa barque seule et déterminée. Malgré les difficultés financières, la lourdeur administrative, les aléas de la nature, l’isolement dont de toute évidence elle ne souffre pas. Rencontrer cette personne qui pourrait être moi à peu de chose près m’intrigue beaucoup. Est-ce que je serais capable de faire ce qu’elle mène à bien tous les jours ? Est-ce que je pourrais m’occuper d’un troupeau sans en tuer la moitié au bout de 48h après avoir organiser un Colin-Maillard spécial mouton ?

Nous nous asseyons sous la glycine pour papoter. Sous la glycine ou devrais-je dire sous un essaim d’abeilles charpentières. J’ai horreur, mais alors vraiment horreur des insectes volants. Surtout quand ils font un bruit d’hélicoptère. Surtout quand ils volent de façon totalement brownienne. Surtout quand ils essayent de se reproduire tout en butinant, déséquilibrant ainsi leur trajectoire vers mes cheveux. Mais comme je tente de rentrer en communication avec les autochtones, je me mets quelques claques mentales : « Non, Madeleine, commence pas à courir partout en hurlant comme tu le fais d’habitude quand tu vois un bourdon. Reste bien calme, fais comme si de rien n’était, sinon tu vas encore passer pour la parisienne que tu es. »

Lucie et sa mère étaient attablées sous cette même glycine quelques jours avant mon arrivée quand un vautour a survolé leur maison dans une bruissement d’ailes, les laissant stupéfaites. Leur premier vautour. Ce jour-là, au coeur du printemps, plusieurs agnelles étaient en train de mettre bas et Lucie faisait des rondes toutes les trois heures pour rapatrier les petites peluches et leurs mamans en bergerie, au calme. Alors que l’après-midi et les petits travaux d’aménagement de la bergerie avançaient, la mère de Lucie aperçut soudain, à quelques mètres d’elle, un vautour, droit comme un i, les deux paires de serres au sol. Lucie, appelée par sa mère, eut tout juste le temps de l’apercevoir avant qu’il ne décolle lourdement et non sans mal, à un cheveu de la haie d’aubépine qui borde la prairie. Ce qui alourdissait alors le vautour, Lucie le découvrit plus tard : une agnelle, la gorge tranchée, qui s’était isolée dans un petit vallon pour mettre bas et dont il ne restait que l’emballage et les os…

Mais pourquoi les vautours s’attaquent-ils aux moutons ? Après tout, ça mange des animaux morts les vautours non ?

« Les vautours sont des animaux de grands espaces : leur territoire naturel est la montagne, là où ils nidifient. A l’origine, lorsque les mesures de protection de l’espèce ont été mises en place, un dispositif de nourrissement les accompagnait : des placettes d’équarrissage aménagées pour que les équarrisseurs y déposent des carcasses d’animaux morts, collectées de ferme en ferme. Le travail était transfrontalier mais le dispositif était visiblement mieux déployé côté espagnol. Quoi qu’il en soit, ces mesures ont fonctionné, la population des vautours a proliféré : ils étaient repus et heureux. Mais là, couic, une nouvelle réglementation sanitaire européenne est venue leur couper le robinet en interdisant ces fameuses placettes ! A la diète les zoziaux. Ils se sont mis à crever la dalle, ce qui les a conduit à modifier leur comportement en s’éloignant de façon inédite de leur territoire et de leurs nids pour chercher à croûter dans les garde-mangers potentiels : en Basse-Ariège, zone importante d’élevage. Chez nous, quoi. »

C’est dommage cette histoire d’interdiction de placette de nourrissement parce que la nature est vachement bien fichue quand il s’agit de se débarrasser des animaux morts. Il y a toute sorte de vautour et tous se nourrissent d’une partie différente sur la carcasse. Par exemple, le vautour moine du livre de la Jungle, celui qui a pas trop de plumes sur le caillou, son boulot à lui c’est de manger la peau, les tendons, les cartilages. Le vautour fauve, lui, mange plutôt les muscles et les viscères. Le Gypaète barbu qu’on trouve dans les Alpes doit son surnom de « casseur d’os » à son penchant pour la moelle : il laisse tomber les os amassés au sol de très très haut et hop, une fois brisés, il fonce les chercher pour se régaler. Tous de fins gourmets. Bien foutu je vous dis.

Pas malin donc de leur avoir fermé le garde-manger à clef. « Tiens Michel, voilà ta nouvelle maison. Ton lit, la télé, un jeu de cartes presque complet pour faire des solitaires. Moi j’y vais, je t’enferme à l’intérieur, je sais pas quand je reviens. Ah au fait, le frigo est vide. Et surtout bonne continuation ! »

Mais alors l’espèce a muté pour attaquer des animaux vivants ?

« En fait, on ne sait pas trop. Les brebis, souvent, elles piquent un petit somme, peinardes. Ca fait pas mal la sieste une brebis, surtout quand il fait chaud. Lors des fortes chaleurs au cœur de l’été, elles se mettent à l’ombre des arbres : protégées par le feuillage, elles sont moins visibles du ciel. Mais au printemps et à l’automne, elles viennent directement se vautrer au milieu de la prairie. Et ainsi endormies, je suppose que les vautours peuvent les prendre pour des animaux morts. A vrai dire, un de mes voisins était tellement impressionné par le nombre et le vol lourd de ces animaux qu’il a préféré rentrer son bébé à l’intérieur, au cas où. »

Un vautour fauve mesure entre 2,2 et 2,8 m d’envergure. Ca fait à peu prés une Madeleine et demie allongée pour vous donner une idée.

« Les vautours sont très malins et ils ont une sacrée mémoire. S’ils trouvent de la nourriture à un endroit une année, ils reviendront précisément au même endroit la fois suivante, voir s’il n’y a pas un petit bout de machin qui traîne. Ils repèrent la pâté et appellent les autres, de sorte qu’on voit alors des nuées de vautours, parfois quarante en même temps, tournoyer dans le ciel. C’est franchement impressionnant. »

Et vous en avez parlé aux autorités locales, la chambre d’agriculture, Bob Morane ?

« Oui mais globalement, on a du mal à se faire entendre. Toujours compliquées les discussions sur ce sujet. Nous, on est pas contre les vautours. On aime la nature, on aime la faune sauvage, sinon on ferait pas ce métier. Mais c’est déjà tellement dur que si en plus on doit craindre de se faire niaquer des bêtes par des prédateurs, là ça devient carrément ingérable. Il y a l’aspect matériel bien sûr mais en fait c’est surtout le moral qui prend : on se sent vulnérable. Du coup, y a un éleveur qui a craqué. Il voyait les rapaces tournoyer au-dessus de son troupeau. Il avait déjà subi une attaque alors il a vu rouge et il est parti chercher son fusil de chasse. Il a pensé à la balistique, il s’est dit qu’avec des cartouches de fusil de chasse, on pourrait jamais le retrouver. Il a visé, il a tiré, il a abattu le vautour. Qui est tombé pile sur un cycliste qui se baladait dans le coin. Pas de chance franchement. Du coup il s’est fait gauler. »

Le brave touriste à bicyclette qui se fait un petit tour en Ariège et qui se prend un vautour de 2,5m d’envergure en pleine tronche. Ca fait des souvenirs de vacances à raconter aux copains ça. La blague s’arrête là puisque l’éleveur a pris 2 000€ d’amende et de la prison avec sursis. On n’attaque pas impunément une espèce protégée.

Décembre 2017, j’appelle Lucie pour faire un petit point vautour. On en est où alors ?

Elle n’a pas subi d’autres attaques sur son troupeau, c’est tout de même un soulagement. Ils sont toujours présents dans le ciel et continuent à l’intimider par leur vol circulaire si près de ses bêtes. Mais tant qu’elle est là, il semble que les moutons ne craignent pas grand chose. Par contre, maintenant il y a l’ours.

Tiens on l’avait oublié celui-là. L’ours Slovène. Lui aussi, il a fait du chemin pour arriver jusqu’aux Pyrénées. Mais maintenant il y est et je crois que les éleveurs s’en seraient bien passés. Le 21 juillet 2017, 209 brebis se sont jetées d’une falaise, visiblement à cause de lui. Ambiance. Les discussions vont bon train. Oui mais non, on est pas sûr que ce soit à cause de l’ours. Il porte une balise GPS qui confirme qu’il n’était pas à l’endroit indiqué quand le drame s’est produit. Et puis les brebis, ça peut se mettre à courir brutalement pour des raisons beaucoup plus basiques, comme une attaque de chien, ou un éclair qui tombe sur un arbre. Un mouton ça panique, on en a déjà parlé. Comme diraient les chevriers qui généralement ne peuvent pas blairer les brebis :

« Qui veut passer son temps à mourir ? C’est la brebis. »

Brebis Léo 2
©Léonard Déage

N’empêche que la réaction ne s’est pas fait attendre : une trentaines d’éleveurs, chasseurs, élus – encagoulés et armés – se sont fendus d’une vidéo commando façon FLNC, annonçant l’ouverture de la chasse à l’ours. Les « r » sont tellement roulés, le ton est si dramatique qu’on a pas tout de suite su s’il s’agissait de premier degré ou non. La vidéo se termine tout de même sur deux coups de feu. Visiblement oui, ils étaient sérieux. Sur la toile, les parodies pleuvent, notamment celle-ci à base de peluches.

Et le loup, qu’en pense Lucie ?

« Pour le loup, je n’ai aucune attaque. Alors c’est facile pour moi de me ranger du côté des partisans de la réintroduction. Mais je vois d’autres éleveurs qui en subissent les conséquences et forcement c’est déplaisant. Le problème c’est surtout les loups solitaires : ils passent toujours par les mêmes endroits. Sur ces passages là, les brebis sont retrouvées dévorées régulièrement. »

Les loups, les vautours, les ours… Mais alors qu’est-ce qu’on peut faire pour protéger les troupeaux ? Espérer des problèmes de myopies chez les grands rapaces ? Former les moutons au krav maga ? Convaincre les loups d’adhérer au mouvement Go Vegan ?

brebis felix 2
©Félix Déage

« Déjà, la législation est en train de changer à nouveau : les placettes de nourrissement ont été réhabilitées, ce qui va venir garnir le garde-manger des vautours. Donc ça c’est une très bonne nouvelle.

Ensuite le problème c’est que les brebis n’ont pas l’habitude des attaques qui viennent du ciel : pendant des décennies, elles ont été tranquilles donc elles n’appréhendent pas cette forme de prédation, ne fuient pas, ne se protègent pas. Il faudrait que l’espèce évolue mais autant dire que ça va prendre un paquet de temps.

Leçon brebis
©Léonard Déage

Après, il y a un prédateur que je redoute bien plus que les loups, les vautours et les ours : c’est le chien de randonneur ou de chasseur laissé en liberté qui vient attaquer le troupeau. Et là c’est vraiment rageant parce que les maîtres ne maîtrisent pas leurs animaux. Moi, les chiens de chasse m’en ont foutu huit par terre et franchement c’était pire que tout : ils les dévorent partiellement, les mutilent complètement. Au moins, les animaux sauvages te font ça proprement, ils te nettoient le truc. Alors que là, on a dû appeler les services vétérinaires pour faire euthanasier l’animal, ça a pris du temps. La bête souffre et on ne peut rien faire. On a en plus la culpabilité de ne pas avoir été présent pour la protéger. C’est notre responsabilité d’éleveur qui est en cause et ça c’est très pénible. Les personnes qui se baladent avec leurs chiens en montagne ne se rendent pas compte de l’effet que ça peut avoir sur un troupeau, même quand le toutou veut simplement jouer : des brebis peuvent clairement avoir l’idée de se balancer d’une falaise, simplement à cause d’un chien qui a décidé de venir leur faire coucou.

Et surtout, il faut qu’on nous écoute, nous, les éleveurs. Le plus dur c’est de sentir qu’on remet toujours notre parole en cause quand on parle de ces attaques. C’est indécent et contre-productif. On a besoin des éleveurs, on a besoin du pastoralisme pour maintenir les paysages, la diversité des écosystèmes, prévenir les risques d’incendies. Alors quand on témoigne de ce qu’on vit et que nos propos sont balayés ou assimiler à des «délires hitchcockiens collectifs » comme je l’ai lu l’autre jour, on se demande vraiment s’ils se foutent officiellement de nous. »

Comme d’habitude, les gens ne savent pas s’écouter. De la concertation que diable. Mais Lucie, tu l’aimes quand-même ta vie d’éleveuse, hein ?

« Oui, je suis heureuse ici. La nature est tellement riche, c’est un apprentissage continue, c’est sans fin. Tous les jours, c’est nouveau, je n’arrête jamais de m’émerveiller. Aucun vautour, aucun loup, aucun ours ne me ferait regretter d’être revenue. »

Alors, alors, qui se lance ?

Brochure Brebis

Merci à Lucie d’avoir pris le temps de répondre à mes questions


Pour approfondir

Les agneaux de lucie : pour vous fournir en agneaux délicieux, élevés en plein air avec un soin infini

Hasard du calendrier, au moment où j’écris cet article, Nicolas Hulot dévoile son nouveau plan loup. Pour rappel, il avait autorisé en juillet l’abattage de 40 loups sur l’année, soit 11% de la population répertoriée en France.

L’excellent podcast d’Affaire Sensible sur le retour du loup en France

Si vous voulez partir au Canada voir de vrais loups


A propos de l’auteure

Cet article vous a plu ? Vous pouvez consulter le reste de mon travail ici et vous abonner au blog via le menu déroulant de la page d’accueil. Pour me suivre sur facebook, c’est par là et sur instagram par ici.

Des questions ? Contactez moi !

2 commentaires sur “Brebis vs Wild : vers des cours de self-defense pour moutons ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s